Pratiques de l'institutionnel

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10/02/2018

En institutions, on n’est pas obligé de subir sa vie


En institutions, on n’est pas obligé de subir sa vie


Résumé
Christine Vander Borght1, Philippe Bougheriou2, Maurice Cornil3 & Céline Heunders4
« Penser, vivre, connaître, agir, exister, c’est avoir en permanence à résoudre des problèmes d’orientation ».
Pierre Macherey
Que ce soit dans le sous-système des intervenants entre eux ou dans leurs in- teractions avec les patients, nous cherchons à mettre en évidence des pratiques in- novantes a n d’initier un changement dans les boucles répétitives qui emprisonnent les différents protagonistes. L’accent se porte à chaque fois sur le développement d’outils de pensée, le renforcement de l’estime de soi ou la prise de responsabilité par chacun des acteurs. Une enveloppe institutionnelle structurante et sécurisante constitue un préalable au développement de ces pratiques de médiations.

Abstract: In institutions, one is not obliged to undergo one’s life
Whether in the professional subsystem or in their interactions with pa- tients, we seek to highlight innovative practices in order to initiate a change in the repetitive loops that trap the different protagonists. Each time, the emphasis is on the development of tools of thought, the reinforcement of self-esteem or the taking of responsibility by each of the actors. A structuring and secure institutional en- velope constitutes a prerequisite for the development of these mediation practices.
Mots-clés
Pratiques de médiations – Différenciation – Cadre institutionnel – Dispositif – Intelligence collective
Keywords
Practices of mediation – Differentiation – Institutional framework – Device – Collective intelligence
  1. 1  Psychologue clinicienne, membre du Groupe « Institutions », UCL Bruxelles. Je remercie chaleureusement mes trois collaborateurs qui ont accepté de relever le dé d’une écriture à quatre voix.
  2. 2  Vidéaste au SAS Parenthèse.
  3. 3  Directeur du SAS Parenthèse.
  4. 4  Éducatrice spécialisée, formée à la philosophie, intervenante mandatée auprès des
    familles.
DOI: 10.3917/ctf.059.0103 

in "Approche systémique des institutions", Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, n° 59.




Introduction
Le texte qui suit est le résultat d’un assemblage de quatre voix. Notre projet est d’écouter différents professionnels qui, confrontés à des enfants et adolescents en grandes dif cultés ou à leurs fonctionnements en équipes, ont inventé des modalités d’intervention dans leurs systèmes institutionnali- sés, que ce soit en termes d’acquisition d’outils de pensée ou de création, et de capacités d’ajustements relationnels. Ils poursuivent l’objectif de mieux comprendre et stabiliser les boucles répétitives dans lesquelles sont empri- sonnés les protagonistes. Il s’agit toujours d’introduire des activités, des médiations, des « correcteurs » d’itinéraires dans lesquels, nalement, se joue une nouvelle forme de subjectivation.
Les jeunes qui sont orientés vers les institutions psycho-éducatives ont, dans la majorité des cas, déjà subi de nombreuses évaluations. Comme le relèvent très judicieusement Asselin & Gagnier (2007), ces jeunes et leurs parents y sont le plus souvent décrits selon une logique qui insiste davantage sur les manques et les faiblesses plutôt que sur les forces. L’attention des intervenants risque alors de se concentrer sur les comportements qu’il fau- drait faire disparaître plutôt que sur ceux qu’il faudrait ampli er ou susciter.
Dans cet article, nous avons choisi de donner la parole à des prati- ciens inventeurs qui cherchent à nouer des liens signi catifs et réparateurs a n d’amorcer un changement et d’ouvrir de nouvelles perspectives pour les jeunes et leurs familles. Nous présenterons quelques exemples concrets d’interventions, plus ou moins « correctrices » au sens précédemment en- tendu, en milieux institutionnalisés, à l’intersection de différents systèmes d’appartenance. Nous chercherons à mieux comprendre les conditions à respecter pour pouvoir supporter la prise de risque en milieu institutionna- lisé. Le verbe « supporter » est à comprendre dans le sens de « ce sur quoi on peut prendre appui » à l’image, par exemple, des majestueux palais véni- tiens supportés par des pieux de bois enfoncés dans la lagune, et qui néces- sitent de fréquents contrôles de sécurité et de stabilité. C’est ce qui soutient, ce qui « porte » notre action. Il s’agit de cette fonction première d’accueil et de portage qui nous amène à relever le dé d’avoir à faire face et affron- ter des situations dif ciles, et parfois de lourdes responsabilités profession- nelles. C’est le niveau archaïque de ce qui fait sécurité pour nous, et sans lequel nous risquerions d’être confrontés au déséquilibre, à la peur d’agir ou de perdre nos repères, notre dignité et notre estime de nous-mêmes, et, parfois même, d’y jouer carrément notre « place ».



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